Data center : impa maternal, ée polluant pour l’environnement ?

2 %. Voilà la part des émissions mondiales de CO2 générée aujourd’hui par les data centers des GAFAM, un chiffre qui dépasse déjà le secteur aérien commercial. L’Agence européenne des produits chimiques tire la sonnette d’alarme : les composants électroniques, omniprésents dans ces infrastructures, contiennent des PFAS, des composés perfluorés au potentiel toxique persistant.

La consommation électrique de ces mastodontes grimpe de 10 % chaque année. Un emballement alimenté par la ruée vers l’intelligence artificielle et la généralisation du cloud, tandis que les promesses de neutralité carbone peinent à enterrer la réalité : plusieurs géants du numérique s’appuient encore sur des énergies fossiles et l’élimination des substances chimiques tenaces reste un chantier inachevé.

Les data centers des GAFAM : un pilier invisible du numérique mondial

Les centres de données pilotés par Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft forment la colonne vertébrale discrète du numérique. Dispersés des rives californiennes jusqu’aux plaines nordiques, ils orchestrent la circulation mondiale des données. Sans eux, impossible d’envoyer un message, de sauvegarder un fichier dans le cloud ou de regarder une série en streaming. En France comme ailleurs en Europe, leur multiplication répond à l’appétit croissant des entreprises et des institutions pour le stockage et le traitement massif d’informations.

Derrière des façades anodines, ces forteresses abritent des rangées compactes de serveurs, climatisés à la perfection par des systèmes de refroidissement de pointe. Les exploitants misent sur des gains d’efficacité, mais les flux de données explosent. À l’échelle d’une ville moyenne, un centre de données moderne absorbe autant d’électricité. La France dénombre déjà plus de 250 sites de ce type, et le compteur tourne toujours plus vite.

Pour mieux comprendre leur fonctionnement, voici quelques caractéristiques clés :

  • Capacité de stockage : plusieurs exabytes hébergés sur un seul site
  • Connectivité : une interconnexion mondiale grâce aux fibres optiques
  • Redondance : des dispositifs de secours pour assurer la continuité de service

L’Europe attire ces installations pour ses énergies réputées plus propres et une réglementation jugée stable. Pourtant, cette concentration soulève des questions : à mesure que les États membres cherchent à garantir leur autonomie numérique, la dépendance à ces data centers devient un enjeu politique et environnemental de premier plan.

Empreinte carbone : chiffres clés et enjeux pour la planète

La consommation électrique des data centers s’impose désormais dans les débats sur le climat. Selon l’Agence internationale de l’énergie, ils absorbent près de 1,5 % de la demande mondiale en électricité. En France, ce sont 2,5 % de la consommation nationale, soit de quoi alimenter une ville de la taille de Lyon, chaque année. Sur le territoire, leurs émissions dépassent 2 millions de tonnes de CO2 annuellement, un volume susceptible de doubler d’ici 2030 si la vague du cloud et de l’IA poursuit sa progression.

  • Europe : 76 TWh d’électricité consommés en 2022, l’équivalent d’une douzaine de réacteurs nucléaires
  • France : près d’un cinquième de l’énergie utilisée par les data centers vient des énergies fossiles

Cette énergie sert d’abord à refroidir les serveurs, une course permanente contre la surchauffe. Les systèmes de refroidissement, très gourmands en eau et en électricité, aggravent l’empreinte carbone du secteur. Malgré des investissements dans des solutions plus sobres, la pression sur le réseau reste intense, surtout lors des pics d’activité numérique.

L’Union européenne fixe des objectifs pour limiter les émissions des infrastructures numériques. La Commission exige davantage de transparence sur la consommation d’énergie et encourage l’intégration du renouvelable. Mais la coordination reste partielle : chaque pays avance à son rythme, et l’harmonisation à l’échelle de l’Union reste à construire.

PFAS et autres polluants : quels risques pour l’environnement et la santé ?

Au-delà de l’électricité, c’est un autre front qui inquiète : les substances chimiques persistantes. Les PFAS, composés perfluorés recherchés pour leur résistance extrême, se retrouvent dans les systèmes de refroidissement et les équipements électroniques des data centers. Leur particularité ? Ils ne se dégradent pas dans la nature.

Des études européennes ont relevé leur présence dans l’eau et les sols, alimentant des risques sanitaires qui ne relèvent plus du doute. Ces substances franchissent les limites des sites industriels, contaminent parfois les nappes phréatiques. Les effets sur la santé humaine sont documentés : perturbations hormonales, affaiblissement du système immunitaire, troubles du développement. L’Agence européenne des produits chimiques souligne que pour certaines molécules, aucun seuil d’exposition n’est jugé sûr.

  • Accumulation dans la nature : les PFAS s’infiltrent dans la chaîne alimentaire et s’accumulent dans les organismes vivants
  • Menace pour l’eau potable : une pollution difficile et coûteuse à éliminer
  • Impact sur la biodiversité : diminution de la fertilité et troubles comportementaux chez certaines espèces aquatiques

Mais les PFAS ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Solvants, retardateurs de flamme et autres polluants utilisés dans l’industrie numérique posent aussi question. La réglementation peine à suivre le rythme des innovations, et la traçabilité reste lacunaire. À chaque nouvelle génération de serveurs, des molécules inédites arrivent sur le marché, et leurs effets sur l’environnement ne sont pas toujours anticipés.

Homme inquiet près d un centre de données en plein air

Des solutions concrètes pour réduire l’impact environnemental du numérique

Face à ces défis, les acteurs du numérique se mobilisent. Certains projets misent sur l’efficacité énergétique, et ce n’est pas qu’une posture. À Stockholm ou Amsterdam, par exemple, des data centers réutilisent leur chaleur résiduelle pour chauffer des quartiers entiers. L’énergie gaspillée devient une ressource locale, utile et partagée.

L’eau, ressource précieuse, fait aussi l’objet de toutes les attentions. Plusieurs exploitants adoptent des circuits de refroidissement fermés, réduisant la pression sur l’approvisionnement local. Les alternatives à base d’air ou de fluides moins polluants se développent, avec des résultats variables selon le climat.

  • Implantation de centres dans des régions tempérées pour limiter le recours à la climatisation
  • Montée en puissance des énergies renouvelables, solaire, hydraulique, éolien, pour alimenter les installations
  • Création de serveurs modulaires, plus sobres, plus facilement réparables et réutilisables

La question de la sobriété numérique concerne aussi chacun d’entre nous. Choisir des services qui s’engagent à limiter leur impact, trier les données stockées, interroger le recours systématique aux objets connectés… Autant de gestes concrets qui freinent la prolifération de centres toujours plus énergivores. Les stratégies de mutualisation et de virtualisation des infrastructures s’imposent peu à peu pour éviter le déploiement de data centers surdimensionnés.

À mesure que nos vies s’entremêlent avec le numérique, l’empreinte des data centers s’ancre dans le paysage. Reste à savoir si la technologie saura, cette fois, tenir la promesse d’un progrès qui ne rime plus avec surconsommation ni pollution invisible.

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